Bestiaire du sommeil : les monstres qui peuplent nos nuits et habitent nos rêves 

Tour du monde des créatures liées au sommeil

“Nous sommes faits de la même étoffe que les rêves, et notre petite vie se termine par un somme.” William Shakespeare

Dans nos imaginaires, il existe un territoire entouré d’un mystère épais. Nous le visitons chaque nuit, comme un monde parallèle où les lois de la nature n’auraient plus cours. Lorsqu’on dort, il arrive parfois que la réalité et le songe s’entremêlent, que des expériences terrifiantes se produisent sans qu’on puisse les expliquer, ou même que nos proches disparus reviennent nous hanter…

Depuis des millénaires, les humains ont tenté de comprendre ce qui se passe lorsque nous fermons les yeux. Pourquoi rêvons-nous ? D’où viennent les songes, qui semblent parfois si palpables ? Sans attendre que la science s’en mêle, les traditions populaires ont pris le relais pour trouver des réponses à ces questions. On a considéré certains rêves comme des messages célestes. Des divinités ont pris forme, comme Hypnos et Somnus, gardiens du sommeil dans les mythologies grecques et romaines. On a aussi attribué la responsabilité des cauchemars les plus atroces à des entités malfaisantes, comme les incubes et succubes.

Au fil des époques et civilisations s’est ainsi construit un bestiaire étrange, étonnant, dérangeant, merveilleux, qui raconte ces interrogations pressantes de nos ancêtres face à l’inconnu. Des entités qui chevauchent les dormeurs aux créatures dissimulées derrières les portes du monde onirique, je vous propose de découvrir dans cet article un nouvel inventaire. Partons aujourd’hui à la rencontre des monstres de la nuit, qui peuplent notre sommeil, du rêve au cauchemar en passant par les émissaires de la Mort elle-même.

Le Bestiaire du sommeil : un aperçu du peuple de la Nuit

Pour commencer ce tour d’horizon légendaire, il me semblait nécessaire d’évoquer le territoire où le sommeil prend place, et où nos habitants monstrueux peuvent proliférer. La Nuit a cristallisé beaucoup d’angoisses, incarné pendant longtemps un monde aux règles obscures, ainsi qu’un pont vers l’au-delà. Si les entités qui la représentent ont une aura différente selon les cultures, elles ont toutes un lien avec le sommeil, les cauchemars ou les rêves.

Nyx, déesse de la nuit et mère des songes

bestiaire du sommeil
Nyx, par Henri Fantin-Latour, Domaine public.

Nyx est la déesse de la nuit dans les croyances de la Grèce antique. Son équivalent est Nox chez les romains. Selon la cosmogonie grecque, elle serait fille du Chaos primordial, et parmi les premières divinités à apparaître avec Erèbe, personnification des ténèbres. Nyx est souvent représentée comme une femme ailée, se déplaçant dans un char céleste qui répand un voile noir sur le monde. Sa demeure se situe aux confins du monde, ou dans les profondeurs des enfers. La déesse de la nuit ne fait pas partie du Panthéon des dieux de l’Olympe. Mais elle est redoutée pour sa puissance, qui tient même Zeus en respect.

De l’union de Nyx avec son frère Erèbe naîtront plusieurs enfants, parmi lesquels :

  • Ether, le clair éclat, 
  • Héméra, le jour, 
  • Morphée, les songes, 
  • Thanatos, la mort, 
  • Hypnos, le sommeil. 

Ainsi, pour les grecs, la nuit est le réceptacle des rêves, du sommeil, de la mort, mais se distingue de la noirceur dans un sens néfaste. Nyx est redoutable, mais pas mauvaise en soi. Dans d’autres cultures cependant, la perception n’est pas la même.

Chernobog : le dieu noir des slaves

Lorsqu’on parle du panthéon slave pré-chrétien, il est important de savoir qu’il existe très peu de sources permettant de nous en apprendre un peu plus. Les pays de l’est s’étant convertis très tôt à la religion du Dieu unique, beaucoup de textes et récits traditionnels ont été perdus. La plus ancienne mention connue du nom de Chernobog date ainsi du XIIe siècle, dans un récit du chroniqueur allemand Hernold de Bosau.

Chernobog signifie “dieu noir” en russe. Il incarne la nuit, le malheur et la lune. Selon les peuples slaves qui le vénéraient, il était responsable de nombreuses calamités. Ainsi, son culte consistait probablement en des offrandes destinées à l’apaiser et s’attirer ses faveurs pour éloigner une possible malédiction. On lui opposait Belobog, le “dieu blanc” en russe, associé au jour et au soleil. Ce duo représente dans la mythologie le principe très slave du combat des forces de lumière s’opposant aux ténèbres, dans une perpétuelle recherche d’équilibre.

Hine-nui-te-po, déesse de la nuit et de la mort chez les maori

bestiaire sommeil
Par Wilhelm Dittmer — Domaine public.

Littéralement “La Grande dame de la Nuit”, Hine-nui-te-po est une divinité majeure dans les croyances maori. Elle est celle qui crée les mauvais rêves, règne sur l’au-delà et accueille les morts à l’issue de leur long voyage.

Selon la légende, elle est fille du Ciel, son père, et de la Terre, sa mère. Tâne, le Ciel, aurait un jour souhaité une épouse. Il modèlera Hine-Auone, la “Femme issue de la terre”, à partir d’argile rouge. De leur union naquit Hine-ata-uira, la “Fille du couchant”. C’est elle que Tâne prendra pour épouse.

Hine finit cependant par se rendre compte de l’identité de son géniteur. Horrifiée d’apprendre qu’elle avait été forcée à l’inceste, elle fuit vers l’au-delà. Tâne la suit, tente de la convaincre en vain de revenir auprès de lui. Devenue Hine-nui-te-po, sa fille lui demande d’élever leurs enfants seul. Elle les attendra dans l’autre monde et les accueillera, lorsque leur heure sera venue. C’est ainsi que la déesse ouvrit la voie à la procession infinie des humains vers ce qu’il y a après la mort.

Les maîtres de nos cauchemars

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Le cauchemar, par Johann Heinrich Füssli — wartburg.eduimage, Domaine public.

Peut-être avez-vous déjà vécu cette expérience ? C’est la nuit, et l’heure est déjà bien avancée. Vous vous réveillez pourtant, avant de vous rendre compte que vous ne pouvez plus bouger. Vous êtes paralysé, et seuls vos yeux peuvent parcourir votre chambre. C’est alors que les phénomènes commencent : vous vous sentez observé, vous entendez des chuchotements menaçants, et vous commencez à sentir un poids sur votre poitrine, une sensation qui vous donne la certitude, de plus en plus présente, que vous allez vous étouffer.

Ce phénomène effrayant mais totalement bénin a un nom, c’est la paralysie du sommeil. Aujourd’hui, elle est partiellement expliquée scientifiquement : lors de la transition entre le sommeil paradoxal et l’éveil, le corps envoie des signaux de réveil trop tôt, ce qui crée une absence de tonus musculaire, alors que le cerveau ne dort plus. On nomme aussi ce trouble “Cauchemar lucide”, et à raison ! La victime paralysée peut être sujette à de violentes hallucinations, qui peuvent être auditives, visuelles, sensorielles et même kinesthésiques ! Rien d’étonnant au fait qu’elle ait inspiré à nos ancêtres une myriade de créatures abominables.

L’envahissement nocturne : le Dorlis et le Zburător 

Parmi les parasomnies qui peuvent survenir au cours d’une paralysie du sommeil, il arrive parfois que le dormeur soit sujet à des hallucinations de nature érotique. Elles se manifestent par des sensations sexuelles, accompagnées de visions effrayantes. La plupart du temps, l’expérience est vécue comme une agression intime. Dans quasiment toutes les cultures, on retrouve une créature responsable de ces phénomènes impressionnants. En Europe on connaît l’incube ou la succube, chez les musulmans c’est le djinn amoureux, mais il en existe bien d’autres.

En Roumanie, le Zburător ou “celui qui vole” est un monstre décrit comme un “être surnaturel malfaisant, qui erre pour faire l’amour aux jeunes filles la nuit”. Comparable à l’incube, il est décrit comme un démon à l’aspect d’un cadavre ambulant, qui agit d’une manière érotique et onirique. Il visite les femmes dans leurs rêves, spécifiquement celles qui se sont mariées récemment. Déguisé en un beau jeune homme, il se livre à des activités indécentes en leur compagnie, avant de repartir comme il est venu. On lui prête parfois la responsabilité de l’éveil sensuel d’une jeune fille, lorsqu’il est considéré comme précoce. Le but du Zburător ? Aspirer peu à peu l’énergie vitale de sa victime, avant de prendre possession d’elle. 

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Par Teknad — Travail personnel, CC BY-SA 4.0.

Dans les croyances quimbois des Antilles, il existe aussi un esprit qui agit d’une manière similaire. Le Dorlis ressemble à un être humain normal pendant la journée, mais se transforme la nuit. Il entreprend de s’introduire dans les maisons par les serrures ou les fissures, pour imposer des rapports sexuels à ses victimes pendant leur sommeil. Il peut cibler des hommes comme des femmes, et particulièrement des victimes qui sont déjà mariées. Selon la tradition, on peut se prémunir d’une visite de Dorlis de plusieurs manières, parmi lesquelles :

  • Porter des sous-vêtements noirs ou ses habits de nuit à l’envers; 
  • Placer du gros sel ou une brique sous son lit; 
  • Réciter des prières spécifiques, puis appliquer de l’huile de ricin près des ouvertures par lesquelles il pourrait passer. 

Le Kanashibari, redoutable yurei japonais

Pour comprendre les créatures surnaturelles issues des traditions japonaises, il faut mentionner le shinto. Cette religion animiste perçoit en chaque être vivant, élément, ou événement surnaturel un esprit identifiable, avec lequel il est possible d’interagir. Et la paralysie du sommeil ne fait pas exception. En japonais, kana signifie “métal”, et shibari veut dire “lien”. Ce nom pourrait donc se traduire ainsi : “maintenu par une étreinte de fer”. Il est évoqué la première fois à l’époque Nara (710-794), mais redevient populaire à l’époque Edo (1603-1868) avec l’attrait développé par la population pour les histoires surnaturelles, ou Kaidan. Enfin, la légende aurait dépassé les frontières du Japon dans les années 1990, avec l’explosion des légendes urbaines sur le web.

L’histoire raconte qu’il y a longtemps, une jeune femme était possédée par un esprit mauvais, qui l’oppressait dans son sommeil. Elle aurait subi un rituel de purification mené par son père, impliquant de l’attacher et l’étouffer pour faire partir le mauvais esprit. L’entreprise réussit, mais la fille mourut. Elle devint alors une yurei, une entité vindicative réclamant vengeance, et cherchant à faire subir le même sort à ses victimes. D’apparence, elle est souvent décrite comme une vieille femme au visage horrible, qui se déplace comme si elle glissait sur le sol. La Kanashibari est connue pour écraser ses proies, ou les happer dans leur sommeil pour les traîner jusqu’à une fenêtre, puis les jeter dans le vide.

Le temps du rêve aborigène, dimension onirique par excellence

bestiaire sommeil
Art aborigène représentant un épisode du Temps du rêve, par September 1985 — Image téléchargée à l’origine par Shiftchange (discuter) sur 00:53, 9 June 2006., Domaine public.

Le peuple Anangu est une des premières nations originaires d’Australie. Leur philosophie religieuse animiste, appelée Tjukurrpa, comporte un principe profondément ancré dans leur culture, et fascinant à explorer. Le temps du rêve, en anglais Dreaming ou Dreamtime, est à la fois une cosmogonie et une dimension au travers de laquelle il est possible de communiquer avec le surnaturel. The Dreaming désigne l’ère qui précède la création de la terre, période où tout n’était qu’immatériel. Mais selon la légende, il constitue aussi le moyen par lequel les grands ancêtres, aussi appelés “Hommes éclairs” auraient créé le monde : en rêvant. Selon les aborigènes, Dreamtime existe toujours et peut être atteint lors d’états modifiés de conscience, pour des besoins spirituels. Au travers de cette dimension, il nous serait possible de communiquer avec les esprits, identifier les mauvais présages, maladies et autres infortunes pour les déjouer.

Dans la conception aborigène du monde, chaque événement laisse une trace sur la terre, et tout découle des actions d’être métaphysiques qui auraient créé le monde. Certains lieux, espaces et formations naturelles sont donc nommées selon leur origine dans le temps du rêve. Ils ont une fonction, un pouvoir qui leur a été donné depuis cette dimension immatérielle et sacrée. Par ailleurs, la plupart des tribus natives d’Australie croient que toutes les formes de vie, plantes, animaux et humains font partie d’un vaste ensemble complexe dont l’origine remonte aux grands ancêtres. Le temps du rêve n’est ni passé, ni présent, ni futur, mais plutôt les trois à la fois. En y accédant, le rêveur peut connaître l’origine du monde, les lois sociales, les règles morales, celles qui régissent les relations entre les humains et la nature, mais aussi communiquer avec Altjira, le dieu aborigène du temps du rêve.

Les émissaires de la mort : voyage vers l’autre monde

Les psychopompes

On retrouve souvent la Mort associée au sommeil et au rêve, et ce dans un grand nombre de cultures. Chacun peut en tirer sa propre interprétation : lorsqu’on dort et lorsqu’on meurt, on part dans les deux cas vers un monde impalpable, opaque, dont le mystère ne sera probablement jamais dissipé. A l’image des divinités gardiennes de nos rêves, toutes les traditions orales ont aussi personnifié des entités dont la fonction est de nous guider vers l’Après qui attend notre âme.

Les psychopompes, étymologiquement “guide des âmes” en grec ancien, ont une fonction de passeur, ou d’escorte. Ils sont souvent associés à des animaux : chevaux, phoques, corbeaux, chouettes… Ainsi, pour certains peuples sibériens par exemple, un cheval sacrifié par le chaman deviendra un psychopompe pour une âme récemment décédée. Quelques exemples de figures plus ou moins connues :

  • Chez les égyptiens, ce rôle est tenu par Anubis, 
  • Chez les grecs, c’est Charon, 
  • Dans la mythologie maya, Ixtab est la déesse du suicide. Elle a cette fonction pour les personnes mortes en s’ôtant la vie. 
  • Les inuit attribuent cette responsabilité à la déesse Pinga, associée à la chasse, fertilité et médecine. 
  • Au Japon, les Shinigami sont des esprits similaires à la Faucheuse, 
  • Dans la chrétienté, c’est l’archange Michel qui escorte les âmes des morts vers la psychostasie, la pesée qui leur permettra d’être jugés. 
  • En Bretagne, les contes populaires mettent en scène un psychopompe plutôt célèbre : l’Ankou ! 
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Odin chevauchant Sleipnir, par John Bauer — for Our Fathers’ Godsaga par Viktor Rydberg, Domaine public.

Le Baron Samedi et ses Guédés dans le vaudou

Le panthéon vaudou haïtien compte un grand nombre de lwas, soit des esprits ou entités divines. Le lwa Baron possède ainsi plusieurs incarnations :

  • Baron Samedi est le lwa des morts, 
  • Baron La Croix représente l’individualité et l’importance des plaisirs de la vie, puisque nous sommes mortels, 
  • Baron Cimetière garde les sépultures, et se charge de garder les vivants hors des cimetières et les morts dedans, 
  • Baron Kriminel juge les âmes et punit celles qui ont fauté. 

Le Baron Samedi est souvent représenté avec un chapeau haut de forme, un costume de soirée, des lunettes de soleil dont l’un des verres est cassé, la face maquillée de blanc, et du coton dans les narines. On l’invoque avec des bourdons à qui on aurait jeté un sort, selon la parole biblique : “Mort, où est ton aiguillon ?” Baron Samedi serait marié à Maman Brigitte. Ensemble, ils décident de qui peut entrer dans leur royaume, et s’occupent de guider les âmes décédées vers le Ginen, terre ancestrale et mystique.

Dans leur tâche, ils sont assistés des Guédés, esprits inférieurs dans la croyance vaudou. Ces entités chargées de servir les Barons sont souvent représentées comme une famille bruyante, grossière, impudique, aimant rire et s’amuser. On raconte qu’ils sont connus pour leurs pitreries, qui vont parfois très loin : les Guédés ont autrefois été des hommes, ils ont déjà vécu et n’ont donc plus rien à perdre. Ils sont capables de manger du verre pilé, s’enduire les parties de piment cru, ou boire plus que de raison.


De la divinité Hypnos aux incubes et aux succubes, de la vieille sorcière des cauchemars aux esprits qui peuplent les récits nocturnes, le bestiaire du sommeil nous entraîne dans un univers où la frontière entre l’imaginaire et l’expérience vécue devient particulièrement fragile. Les créatures visitées dans ce bestiaire ont parfois été considérées comme des explications à des phénomènes incompris. Elles ont également servi à exprimer des peurs, à transmettre des croyances et à raconter les mystères de l’existence humaine.

Certaines incarnent l’oppression et la vulnérabilité. D’autres évoquent les tentations, les interdits ou la possibilité de communiquer avec l’invisible. Toutes, cependant, témoignent de notre besoin de donner une forme à ce qui nous échappe. Car le sommeil possède une particularité que peu d’autres expériences partagent : il nous oblige à abandonner, au moins temporairement, une partie du contrôle que nous exerçons sur le monde. Et c’est dans cet espace de non-droit que les monstres peuvent trouver leur place.

Ils sont les témoins de nos inquiétudes, les produits de notre créativité, qui nous rappellent que les contes et les légendes ne parlent jamais uniquement des créatures qu’ils mettent en scène. Ils parlent également de ceux qui les racontent, des sociétés qui les transmettent et des mystères qu’elles cherchent à comprendre. Et si ces créatures continuent de nous fasciner, c’est précisément parce qu’elles habitent un territoire dont nous faisons tous l’expérience, mais que personne ne peut entièrement maîtriser.

Alors, ce soir, lorsque vous vous glisserez sous vos couvertures et que vous sentirez le sommeil vous gagner, souvenez-vous que les traditions populaires ont longtemps peuplé les ténèbres de mille présences. Peut-être n’y a-t-il rien au pied de votre lit. Ou peut-être pas…

Pour découvrir un nouveau inventaire, lisez notre bestiaire de la Sauvagerie, partie 1 ! 

Par Aya Gogishvili, pour Quentin Foureau. 

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